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    L’atelier a été construit en 1986, fin 86, sur un terrain vierge d’arbres. Il mesure 15m sur 15.

    La construction des mezzanines s’est faite en trois temps. Pour stocker les œuvres de plus en plus nombreuses et envahissantes. Pour y monter un escalier sans garde-fou, pour pouvoir hisser les toiles ; mais Jean Paul a pensé à installer une corde pour s’accrocher en cas de besoin. Un des espaces mezzanine est plus dépouillé, un coin de travail avec beaucoup de lumière.

     

    Jean Paul a sculpté d’abord.

    Puis peinture à l’huile sur toile (toile de coton souvent), dessin, peinture numérique.

     

    « Un artiste (se) définit un territoire donné, puis développe »

     

    Dans son atelier, il y a l’espace qu’il appelle « gigogne », espace tout petit, chauffé, où il se « réfugie » quand il fait trop froid dans l’atelier : il y a 15 jours il ne faisait que 10° !

     

    Il a sculpté l’aluminium, notamment pour les commandes publiques, mais pour ce genre de projet il y a nécessité de sous-traitances, car il n’a pas les machines.

    Beaucoup de poussière de bois pour les sculptures. Au fil des années ça irrite la gorge. D’où sa tendance à aller vers la peinture plutôt.

    Sculptures d’assemblage de contreplaqué, ou sculpture de type « africain ».

    Jean Paul se rend à Bamako au Mali régulièrement. Il a repris les savoir-faire et les motifs de la taille directe du bois africain.

    Il avait une branche de cyprès de son jardin qu’il a taillée récemment. Il travaille le chêne aussi, les essences à sa disposition.

    Nous apprendrons plus tard, dans la partie maison, qu’il échange avec un ami artiste malien : il lui envoie des motifs qui sont réalisés sur tissu d’habillement, puis ces tissus lui reviennent.

    Dans l’atelier il y a aussi, protégées sous plastique, de grandes sculptures en alu anciennes, très ludiques, très colorées, qui font penser à des jardins d’enfants ou des petites écoles. J’en verrais bien une dans mon jardin !

     

    Une question de Pascale sur les bambous et les boîtes à thé présentes dans l’atelier. A cette occasion Jean Paul nous a dit qu’au départ de son travail il y a eu les flotteurs en liège, les cordages récupérés sur le bord de mer.

    Du coup il nous a cité les grands auteurs et sages extrême-orientaux qu’il semble connaître.

    Pascale et Sophie ont remarqué qu’il se servait de petites machines de bricolage (qu’elles retrouvent chez elles) pour son travail : ponceuse, perceuse, scie, couteau à bois…

    Jean Paul reçoit de la toile de coton au mètre qu’il doit préparer longuement lorsqu’elle arrive pliée. Au début, quand son atelier n’était pas trop encombré, il pouvait dérouler plus facilement par terre !

    Il a de grands panneaux coulissants pour stocker ses toiles, mais le jour où il a compté jusqu’à 1000 œuvres, il s’est arrêté.

     

    Sa maison est lumineuse, les murs blancs, une grande porte-fenêtre rectangulaire, une fenêtre circulaire donnant sur le jardin, qu’il a entièrement planté. Importance de la formedonc, essentielle.

     

    Après la visite de l’atelier que Jean Paul m’a gentiment autorisé à prendre en photo, nous nous sommes retrouvés dans sa partie privée, où il nous a montré comment il utilise l’ordi et Photo Shop pour retravailler et redonner vie à ses carnets de dessins. « Un carnet est un objet privé qu’on ne peut laisser circuler lors d’une exposition ». Il a donc eu l’idée de scanner les pages et de modifier plus ou moins avant de tirer en A4 et d’archiver.

     

    Se copier soi-même, s’auto gloser. Nous sommes bien dans l’art contemporain.

     

    La gestion du temps est très importante. Elle le guide vers l’un ou l’autre des médiums : dessin, peinture, sculpture, peinture numérique.

     

    La place du spectateur est importante. Installation dans un cloître cet été. Jean Paul a donc choisi environ 35 œuvres de grand format sur rails : on pourra donc les parcourir, les longer, sur deux côtés du cloître, tourner autour.

    Une grande toile de cette série était posée sur sa table de travail.

    La taille qu’il préfère ? « A peu près l’envergure des bras ». Une taille humaine donc. « On peut faire plus grand, plus petit, c’est un autre rapport » souligne Jean Paul.

    Il travaille par séries, par développement. Idée de métamorphose. Référence aussi aux Encyclopédistes du 18èmequi ont procédé à un inventaire des formes.

    En même temps importance du travail sur le rapport à la nature et à l’intemporel. D’où le choix de formes rappelant le monde minéral, le monde végétal.

    Etre de notre temps.

    Souci de la composition toujours. Ombre, pas d’ombre. Répétition de la forme ou développement à partir d’une forme.

    Encre de Chine, noir blanc, ou couleurs.

     

    Dans la partie gigogne, trois petits tableaux ont retenu mon attention : ceux où sous le « dolmen » ou la « tortue » ( des noms que je donne à ces formes) se trouve un rectangle horizontal de même couleur que la forme. « C’est un effet de zoom sur la forme » nous a dit Jean Paul. Un détail agrandi.

    De près de loin comme aurait dit Daniel Arasse.

    Comme le travail de Jean Paul sur les formes qui peuvent être vues d’en haut, de côté ; changement de point de vue donc. Réunir les différents angles d’approche sur un même plan.

    « Au 14èmesiècle on n’aurait jamais travaillé comme ça ».

    « Quand j’étais plus jeune, la sculpture et l’approche classique ne m’intéressaient pas. Il fallait bien s’inscrire dans un monde et une démarche contemporains ».

    Mais la rencontre avec les artistes maliens lui a redonné l’envie, lui a permis de se rapprocher d’une démarche plus classique.

    Quant à la peinture numérique, «  elle le « repose, elle le distrait ». Après les heures dans l’atelier. Ou quand il fait froid. « Ca m’amuse ».

    Il nous a montré « La nuit continue » , un montage de 1000 dessins en noir et blanc, 4 minutes et demie de passage.

    Son travail s’apparente alors au cinéma, au dessin animé, à la BD aussi.

    Version avec oiseau bleu ou sans oiseau : une page extraite et retravaillée à partir d’un de ses carnets. Une narration s’impose.

    Ca me donne des idées pour illustrer la somme romanesque fantastique qu’est en train d’écrire mon fils Camille : l’Encyclopédie des Nacrés.

    Cette approche numérique est pour Jean Paul une manière de faire revivre des dessins anciens, de retravailler les motifs.

     

    On pourrait dire que Jean Paul Thaeron est un assembleur de formes, un monteur. Avec le souci d’une rigoureuse composition toujours. Un brodeur de formesen somme.

     

    Pascale a retenu « la générosité dans la production ». Nous avons été sensibles à la générosité de l’accueil.

     

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    Les chevaliers de l’Utopie

     

    Atelier chez Elisabeth Le Retif

     

    Sur les toits, sur les murs, dans les murs, dans la maison, dans l’atelier, dans les allées du jardin, dans les recoins, cachés sous les fleurs, les plantes, la verdure, démultipliés par les jeux des miroirs, les personnages d’Elisabeth n’en finissent pas de  nous étonner, de nous attirer, de nous interpeller.

    En céramique, avec couleurs (rouge, bleue) ou sans. De grande taille ou de petite taille, parfois très petits. Reproduits en grand nombre comme les 53 cochons du faîtage, ou les chevaliers de l’Utopie avec leurs gonfanons (parfois ils en ont deux).

    Antigone revisitée, avec sa bouche grande ouverte. Le coryphée –une femme- toute petite :

    « les femmes sont beaucoup plus intéressantes que les hommes » affirme avec force Elisabeth.

    Pinochet et les trois petits juges anglais avec leurs perruques.

    La statue des sept religions, très contournée, avec le petit personnage bien assis, le seul, tout en haut.

     

    Elisabeth installe.

     

    Ayant eu maille à partir avec les cochons du voisin, elle les a encastrés dans le mur. Ainsi ils ne l’embêtent plus.

    Beaucoup de personnages à cheval, certains font penser à Don Quichotte.

    Un personnage sur un autre personnage.

     

    Elisabeth empile.

     

    Elisabeth multiple, avec ses cheveux multicolores, sa belle veste en laine bigarrée, les couleurs de ses volets, la porte de son atelier qui change de couleur selon l’angle de vue dans le miroir.

    Les miroirs partout dans sa maison. Des trompe-l’œil, des attire l’œil, des polyphonies.

    Nous avons même trouvé le Dormeur du Val couché sous les roses, et des oiseaux cachés dans leur nid.

    Les pavés et les pierres sont d’origine. Et un grand jardin à la pelouse bien verte doit servir de lieu de promenade méditative.

    Avec des allées à peine tracées mais bien visibles.

    La boîte aux lettres est elle aussi portée par une dame de pierre. Et des dames sont gravées au pignon de la maison.


    Dedans dehors. En creux ou en relief. En bas relief ou en rond de bosse.

     

    Elisabeth sculpte entièrement son univers.

     

    Nous avons senti une personnalité très forte, très cultivée. Elle qui donne de toutes petites têtes à ses statues.

    Elle voyage beaucoup, monte ses fours, fait des démonstrations de sculpture, et de cuisson, sur place (8h de cuisson). Son côté pédagogique s’exprime ainsi (elle fut professeur d’arts plastiques).

    Elisabeth est bien plus reconnue à l’extérieur, à l’étranger, qu’à Ploudalmézeau et ses environs. C’est bien dommage.

     

    A bientôt donc Elisabeth, nous reviendrons.cochon-prisonnier-du-mur--1-.jpgla-boite-aux-lettres.jpginstallation-de-petites-dames.jpga-l-assaut-du-toit.jpghaut-perchee.jpgcurieuses-a-la-fenetre.jpg

     


    2 commentaires
  • Cuivre-or-argent, c'est l'alliance noble dit-on, idéale, spirituelle, celle qui guérit car elle est Mercure-Soleil-Lune; celle qui permet la transmutation.

    Je ne sais si Gilles Candelier a réussi la transmutation des métaux. En tout cas il sait- même à partir de tuyaux récupérés où l'eau pendant des années s'est écoulée- transformer le cuivre en lumière, en mouvement, en vie. Et même en sourires.

    L'angle droit, la rencontre du vertical et de l'horizontal, "c'est mon truc".

    Oui mais Gilles y ajoute la danse des corps tendus ou retenus, les gestes sportifs, les entrées et les sorties d'un monde à l'autre; avec beaucoup d'humour!

    Généalogie horizontale qui se déploie dans l'espace, moins ordonnée dit-il que la généalogie verticale aux sources pas toujours vérifiées ou exactes selon lui.

    Moi j'aime surtout les jeux d'ombre de ses grilles projetées sur une tenture.

    Ces grilles qui renforcent le béton sous nos pieds se transforment par les mains de l'artiste en espaliers, en escaliers, en maisonnées où chacun vit dans son univers mais se fond dans les univers limitrophes, échange avec ses visiteurs, les bouscule un peu, si peu, pour partager la joie des petits grains de cuivre transformés par le talent de l'artiste en fleurs de promesses.

     

    On peut voir les oeuvres de Gilles Candelier sur son site: www.candeliersculptures.com


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